Trois amis en quête de sagesse

Blog Littéraire - Trois amis en quête de sagessede Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard - Suivre sa Joie - Saskia Parein

Imaginez : un psychiatre, un philosophe et un moine dans une maison au cœur d’une forêt en Dordogne. Leur point commun ? Aborder différents thèmes tels l’égo, l’altruisme, la souffrance, les émotions, le corps, la culpabilité et le pardon… 

La richesse de ce livre est sans conteste le mélange des points de vue et des expériences personnelles de chacun des trois auteurs autour de sujets précis, divisés en chapitres. La narration, faite sous la forme d’une discussion intime entre amis, permet aux lecteurs de prendre la forme d’une petite souris qui s’immisce avec curiosité à l’intérieur des conversations retranscrites. 

Je connaissais déjà Alexandre Jollien grâce notamment à l’un de ses livres intitulé Eloge de la faiblesse. J’ai également déjà participé à quelques unes de ses nombreuses conférences. Je confesse que c’est en partie pour retrouver son énergie que je me suis procurée cet ouvrage et j’ai ressenti une profonde Joie à la côtoyer à nouveau dans ce bouquin. Il est l’un des premiers auteurs à m’avoir initié à la philosophie et je lui en suis très reconnaissante de l’avoir fait avec simplicité et sensibilité. 

Voici un extrait du chapitre 6 « Aux origines de la souffrance » : 

Alexandre : 

J’aurais rêvé d’un thérapeute aussi bienveillant et juste, parce qu’il y a deux dangers : tout miser sur la volonté, ou, au contraire, abdiquer et démissionner. Le volontarisme, en nous attribuant les pleins pouvoirs, ignore nos limites. C’est le fameux problème de la faiblesse et de la volonté traité par maints philosophes, et de la difficulté à changer au quotidien, comme si de lourdes forces d’inertie nous empêchaient de progresser, comme s’il y avait un thermostat en nous qui maintenait contre vents et marées d’anciennes habitudes, un statu quo qui nous fait mal. J’ai beau savoir qu’un comportement est nocif, pourtant j’y cours ! La résignation n’est pas meilleure, car baisser les bras procède de la maltraitance (…) ».

Matthieu : 

Pour revenir à l’exemple que tu as donné Christophe, il me rappelle les rencontres publiques où l’on pose ce genre de question au Dalaï-Lama. Certains viennent avec une souffrance qui n’a pas de solution évidente, comme ce père dont le fils est schizophrène. Ils s’attendent à ce que quelqu’un qui a médité pendant soixante ans et qui est une grande figure morale et spirituelle leur donne des conseils très spécifiques et nouveaux. Mais bien souvent, le Dalaï-lama commence par répondre I don’t know (je ne sais pas), puis il reste silencieux comme absorbé. On pourrait se dire : « C’est bizarre, il n’a donc jamais réfléchi à la maladie, au deuil, au handicap, à l’euthanasie, à l’avortement et aux problèmes dont lui parlent les gens ». En fait, quand il dit « je ne sais pas », il veut dire qu’il n’y a pas de réponse toute faite (…) ». 

Christophe : 

Quand on encourage les gens à renoncer à leurs désirs d’être efficaces et à basculer plutôt sur un mode de présence aimante, on veut modifier leur regard. Finalement, tout ce que le papa du jeune homme schizophrène tentait, avec un sentiment d’impuissance (l’amener chez un nouveau médecin, le pousser à sortir de chez lui au lieu de rester allongé à fumer, etc.), je lui suggérais de continuer à le faire en acceptant que cela n’aiderait pas forcément son fils à guérir, mai seulement dans un esprit d’amour. J’espérais que ça l’aiderait à se dire : « Voilà, c’est mon boulot de père, quand il est allongé et qu’il fume, de lui rappeler que ce serait mieux de sortir ». L’important est de ne pas le faire avec angoisse, désespoir ou crispation, ou en se répétant : « S’il ne m’écoute pas, il va être encore plus fou ». Se dire juste : « A cet instant, voilà ce que je peux faire, que ça marche ou non ». Avec ce genre de conseils, nous n’incitons pas forcément les gens à faire autre chose que ce qu’ils faisaient déjà, mais nous les conduisons à agir dans un esprit différent : sans l’obsession d’être écouté, sans chercher de résultats immédiats (…) ».

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Commentaires

Saskia Parein

15/7/2017
/
7:03 pm

Réponse à Isabelle Antoine- Commentaire du 15/07/2017 / 15h18

On va se retrouver avec exactement la même bibliothèque!

Isabelle Antoine

15/7/2017
/
3:18 pm

Voilà encore une suggestion de lecture qui attise ma curiosité de lectrice. Comme presqu’à chaque fois, cet ouvrage va rejoindre ma bibliothèque. Continue j’adore.

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