S’en sortir du harcèlement scolaire

De mes 11 ans jusqu’à mes 17 ans, j’ai fait l’objet d’harcèlement scolaire. Avec le recul, je peux l’affirmer.

A l’époque, cette notion n’était pas encore appréhendée. Aucun mot n’était mis sur le fait qu’un enfant se fasse maltraité par ses camarades de classe. Pourtant, cela existait.

Je pense que ce qui a changé au fil du temps est la forme du harcèlement. A mon époque, la violence était confinée au cadre scolaire. C’était à l’école-même que les enfants étaient harcelés car, heureusement, les réseaux sociaux n’existaient pas encore. Je me dis que dans mon malheur, j’ai au moins évité d’être prise à partie par le biais de l’informatique.

Beaucoup trop d’enfants subissent cette violence et certains d’entre eux mettent fin à leur vie pour cette raison. Cette issue est profondément dramatique. Personne ne mérite d’être dévalorisé pour ce qu’il fait, dit ou simplement pour ce qu’il est.

Cet article est dédié à tous les enfants qui, comme moi, souffrent/ont souffert d’un profond mal-être durant leur scolarité en raison de la violence infligée par les autres enfants qui partagent/partageaient leur environnement. Il se veut comme un souffle d’espoir. Il est non seulement possible de s’en sortir, mais également de réussir sa vie en ayant fait l’objet d’une telle violence et d’incarner pleinement la personne que l’on est.

Mon expérience en tant que victime de harcèlement scolaire

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Oui, le mot est tout à fait approprié, j’étais bel et bien une victime. Une victime car je subissais la violence que mes camarades de classe m’infligeaient au quotidien et ce durant de nombreuses années. Je pense qu’il est important de pouvoir se reconnaître dans ce statut pour aller de l’avant dans son existence.

Pour vous illustrer ce que je subissais, rien de plus parlant que de vous décrire l’ambiance dans laquelle j’évoluais chaque jour de la semaine.

J’ai effectué toute ma scolarité dans une école privée. De mes 4 à mes 17 ans, j’ai donc fréquenté la même école. Si j’ai pris beaucoup de plaisir à vivre les classes de maternelles et de primaires dans lesquelles régnait une bonne ambiance, tout s’est gâté lorsque je suis entrée au collège.

Pour une raison que j’ignore encore aujourd’hui, les filles qui me côtoyaient désignaient régulièrement un souffre-douleur. Lorsque je leur demandais les raisons de leur comportement lorsque c’était mon tour d’en être un, elles me répondaient par cette phrase, oh combien culpabilisante, « Tu le sais très bien !! ». Non seulement je n’obtenais pas de réponse à mes interrogations, mais elles sous-entendaient que je le méritais. Cette réponse m’était extrêmement violente.

Mon quotidien était celui-ci :

  • les filles de ma classe m’excluaient à la récréation, que je passais toute seule dans un endroit retiré : j’étais donc isolée
  • elles faisaient des activités à l’extérieur de l’école sans me convier et en parlaient ensuite devant moi et ne mangeaient pas avec moi aux pauses de midi : j’étais donc rejetée
  • elles se moquaient régulièrement de ce que je faisais, de ce que je disais ou tout simplement de la personne que j’étais : j’étais donc humiliée
  • elles m’adressaient des paroles violentes : j’étais donc insultée
  • je n’avais aucun(e) référent(e) scolaire sur place vers lequel/laquelle me tourner pour obtenir un semblant d’aide : j’étais donc vouée à moi-même

Je crois que je ne peux pas calculer le nombre de fois que je suis rentrée chez moi en pleurant. D’ailleurs, souvent, je n’attendais pas de rentrer chez moi pour vivre mes émotions. Je me cachais alors dans les toilettes pour pleurer et me reprenais pour ne rien faire paraître à mes bourreaux lorsque j’en sortais.

De nombreuses fois, ma mère m’a proposé de changer d’école. J’ai d’ailleurs passé quelques jours dans d’autres établissements scolaires pour voir si ceux-ci me plaisaient. Mais il y avait quelque chose qui ne sonnait pas juste… Pourquoi était-ce à moi de partir ? J’ai donc pris consciemment la décision de rester dans cette école afin de me prouver que je pouvais surmonter ces épreuves. A posteriori, je ne sais pas si j’ai pris la bonne décision. Mais à l’époque, elle me paraissait la plus juste.

Ce qui était le plus décevant et le plus inquiétant, c’est que la direction de mon école, mes professeurs et les parents des autres élèves étaient tous au courant de ce que je vivais. A aucun moment, je ne me suis sentie soutenue ou écoutée. Heureusement que je pouvais partager ce que je vivais avec ma famille qui était à l’écoute, car sinon j’aurais été véritablement livrée à moi-même dans cet environnement toxique et dangereux alors que j’étais très jeune et encore dans l’incompréhension de ce qui m’arrivait.

Un violent événement subi par une de mes camarades de classe

Lorsque ce n’était plus à mon tour de subir les moqueries et les mises à l’écart, je me sentais soulagée. Mais ce n’est pas pour autant que je ne ressentais pas de la compassion pour la fille qui était, à son tour, prise à partie.

Une de mes camarades de classe a pris la décision opposée. Je me souviendrai toujours du contexte. Un jour, nous devions avoir environ 11-12 ans, c’était à son tour de subir la pression des filles de ma classe.

Ma camarade, qui était le bouc-émissaire du moment, se réfugiait seule dans la bibliothèque de mon école pour y passer la récréation. C’est alors que les filles de ma classe se sont lancées un pari : se rendre à la bibliothèque et lui asséner une gifle. Une d’entre elles a relevé le défi. Elle a alors convié les membres de la classe pour qu’ils soient témoins de ce qu’elle allait faire. Tout le monde s’est rendu à la bibliothèque. La fille en question s’est approchée de ma camarade et l’a giflée devant une grande partie de la classe. J’étais présente et j’étais choquée. La violence psychologique cédait le pas à la violence physique. Pour ma part, j’avais honte d’avoir été témoin d’une scène aussi dégradante.

Suite à cet épisode, ma camarade est rentrée chez elle, sa mère est venue chercher ses affaires et elle n’est plus jamais revenue dans mon école. Je pense que cela était une des meilleures décisions de sa vie.

Cet exemple en est un parmi d’autres. Il reste, pour moi, l’un des plus violents et illustre parfaitement l’ambiance qui régnait dans ma classe d’antan.

Encore une fois, dans ce contexte, je ne me souviens pas avoir été sensibilisée par mon école à la gravité de ce qui s’y passait.

Ce que le harcèlement scolaire a eu comme conséquences

Sans aucun doute, toutes ces années de mise à l’écart et de moqueries ont cassé la confiance que j’avais en moi. Quelque chose s’est brisé et ce n’est que bien des années plus tard que j’ai osé me reconnecter à toute cette tristesse que j’ai vécue afin de guérir mes blessures.

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Cette violence que j’ai vécue a entraîné un certain renfermement sur moi-même et a généré une méfiance toute particulière vis-à-vis des relations que je nouais. Souvent, on me faisait remarquer que je paraissais distante, voire hautaine pour qui ne me connaissait pas. C’est sans contexte une conséquence de toutes les brimades que j’ai subies plus jeune pendant plusieurs années d’affilée. Mais si j’en ai beaucoup souffert, je pense avoir également retiré une grande force de ces épreuves.

Aujourd’hui, bien que les souvenirs soient encore présents, toutes ces expériences ont fait de moi la personne que je suis. Le manque de respect m’est insupportable. Quant à la violence physique, si elle est plus facile à déceler car elle s’inscrit dans la matière (elle se voit), la violence psychologique est tout aussi présente et peut même être plus perverse et plus insidieuse. Personne ne devrait subir ces types de violence car aucun être humain (ou animal d’ailleurs) ne mérite d’être détruit dans ce qu’il incarne.

De l’espoir pour l’avenir

Lorsque j’ai quitté l’école pour rentrer à l’université, mon calvaire a pris fin. De la distance était enfin mise entre moi et les personnes qui m’avaient fait tant souffrir et j’ai pu, petit à petit, me reconstruire et réintégrer progressivement les parties de moi que j’avais mise de côté en raison des moqueries que je subissais.

Mon exemple est la preuve que le harcèlement scolaire n’est pas une fin en soi. Il est important, voire primordial, que la violence soit reconnue tant par les parents que par l’établissement scolaire. L’enfant qui la subit doit impérativement être pris en charge et entouré par des professionnels afin d’éviter une fin tragique.

Je suis convaincue que les personnes qui éteignent la lumière d’un enfant (comme d’un adulte d’ailleurs) atrophient également une partie de leur propre lumière. Nous sommes tous reliés et la violence que nous infligeons aux autres est forcément une violence que nous nous administrons à nous-même.

Conclusion

Si vous êtes vous-même victime de harcèlement scolaire: parlez !

Si vous êtes parent d’un enfant qui le vit (qu’il l’inflige ou le subisse): parlez !

Si vous connaissez quelqu’un, de proche ou de loin, qui se trouve dans une telle configuration: parlez !

Je rappelle que les injures, les menaces, la calomnie, la diffamation et les violences portées à l’intégrité physique sont réprimées par le Code pénal suisse. Contactez la police si vous êtes confrontés à un ou plusieurs de ces comportements.

Ne restez pas les bas croisés en pensant que demain, cela ira mieux. Une violence installée est souvent très difficile à déloger et une décision à elle-seule peut changer la vie d’une personne.

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